Magazine d’informations commerciales et culturelles du Tarn & Garonne

L'année du lion

de Déon Meyer

Les Déracinés

de Catherine Bardon

Bondrée

de Andrée A.Michaud

Culottées

de Pénélope Bagieu

Maman a tort

de Michel Bussi

Vendange d'écumes

de Clément Gabas

L'alliance

de James A.Michener

Le suspendu de Conakri

de Jean-Christophe Ruffin

Miroir de nos peines

de Pierre Lemaitre

L'année du Lion

Déon Meyer

L’année du La première page donne le ton de ce long roman: « Je veux te raconter comment on a assassiné mon père ».
Ce n’est pourtant pas un roman policier au sens propre, les 5 chapitres sont racontés par des narrateurs différents, pour retracer l’histoire d’Amanzi, communauté fondée par le père de Nicolas Storm dans les premières années qui ont suivi l’apocalypse . Notre monde a été victime d’un virus extrêmement meurtrier qui a détruit 95% de la population mondiale. Nico et son père, en Afrique du sud, pays de naissance de l’auteur, font partie des survivants et errent dans cette contrée dévastée, livrée au chaos et à la violence. 
Les relations entre le père et le fils sont compliquées. L’un est confiant dans la lumière au fond des âmes humaines, l’autre est un chasseur impitoyable décidé à protéger la nouvelle communauté. 
Nico raconte cette vie, les différents protagonistes prennent la parole à tour de rôle au fil des chapitres et font part de leur version de ce qui fait la trame de l’histoire. 
Les personnages sont tous fouillés, attachants ou terribles, mais toujours crédibles. 
La tension ne faiblit jamais et c’est un roman addictif, chapitre après chapitre, année après année, Amanzi a peu de chances de survie si elle ne se défend pas, Nico, Domingo et quelques autres le comprennent. 
La fin est totalement inattendue et pleine d’espérance, bien différente des histoires post apocalyptiques habituelles. 
C’est un excellent roman, à lire pour s’évader, voyager et croire en l’avenir.

La femme qui tuait les hommes

Eve de Castro

Deux femmes, deux époques: Paris 2017, Saint Petersbourg 1909. Des aller-retours entre ces deux mondes, entre Jeanne, octogénaire couturière, Paul, écrivain, coureur de jupons et briseur de coeurs, Léna, justicière au service de ses congénères humiliées, oubliées de cette marche forcée russe en ce début du vingtième siècle et un certain Vladimir Illitch, plus connu sous le nom de Lénine. 
Voyage entre ces deux mondes, deux époques, entre des personnages terribles, attachants et cocasses. 
Jeanne aide Paul à remporter le prix Goncourt et la tache est lourde. Léna aide des femmes à se libérer de leurs maris violents, là aussi, la méthode est très personnelle, mais la fin (et la faim) justifie les moyens. 
Jeanne et Léna atteignent finalement ce « point de bascule » ce moment ou elles tournent le dos à une existence discrète et résignée pour décider du reste de leur vie, quel que soit le prix à payer. 
Le talent d’Eve de Castro et ce ton léger rendent moins tragique cette histoire et permettent de passer d’un personnage à l’autre avec l’impatience et l’application d’un découvreur. 
On ne se lasse pas de cette alternance et la dernière page tournée vous laisse un regret de quitter ces voix féminines.

Les Déracinés

Catherine Bardon

Wilhelm aime passionnément sa magnifique épouse Almah. Rencontrée courtisée, et épousée dans la Vienne brillante des années 30. 
Leur milieu bourgeois leur culture artistique et littéraire leur permettent de profiter pleinement de cette ville bouillonnante. Mais l’ombre menaçante du nazisme commence à assombrir cette vie idéale. L’Anschluss tombe comme un couperet. Ils sont juifs et croient pourtant encore que tout redeviendra comme avant. Bientôt obligés de fuir avec leur bébé, d’abord parqués en Suisse, ils se résignent à accepter de partir avec 100 000 autres juifs pour la République Dominicaine. 
Si loin des cafés viennois et des lacs sombres de leur Autriche natale. La nature sauvage et méconnue les accueille pour construire une nouvelle vie où tout est à inventer . 
Les personnages attachants de cette saga passionnante en font un roman d’aventure et d’amour bouleversant. L’écriture est juste, soignée. Sans clichés. C’est une lecture parfaite, comme on les aime et que l’on pose avec regret pressé de retrouver ceux qui perpétueront dans le monde ces familles dévastées par la guerre qui les a éloignés définitivement de chez eux.

Bondrée

Andrée A.Michaud

Boundary Pond pourrait être le lieu idyllique de vos prochaines vacances: un lac comme un joyau, serti de forêts profondes, un été flamboyant où les vacanciers s’adonnent comme tous les ans à la chasse, la pêche, les baignades, les barbecues et les promenades salvatrices au milieu des arbres et des légendes. 
A la frontière du Canada et des Etats Unis, en cet été 1967, on parle deux langues, mais on a les mêmes habitudes et le même regard sur ces gamines, qui attirent l’oeil de tous les mâles du coin, fascinent les autres filles et trainent leur ennui et leur amitié autour des chalets et des plages à longueur de vacances. 
Le décor est planté dans cette langue somptueuse, émaillée d’expressions et de jurons anglophones, de mots canadiens. 
Andrée Michaud a un don d’évocation et de description extraordinaire pour vous plonger dans une atmosphère pesante, qui fait pressentir le drame. Bientôt, une jeune fille est retrouvée morte dans la forêt, la jambe prise dans un très vieux piège à ours. Et l’image de la légende d’un trappeur refait surface, écartée par l’inspecteur tourmenté chargé de l’enquête. 
La puissance de cette écriture vous saisira sûrement, tour à tour poésie, ode à la nature thriller glaçant, ce roman mérite absolument votre attention

Culottées

Pénélope Bagieu

« Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » Deux volumes de bandes dessinées, quinze portraits de femmes dans chacun, qui ont en commun d’avoir transgressé les préjugés, balayé les stéréotypes de leur époque et de leur société pour suivre, toutes voiles dehors leurs idées et leur envie de liberté. 
Certaines l’ont payé au prix fort, d’autres ont vécu dans la lumière jusqu’au bout. 
La plume, très drôle et acérée de Pénélope Bagieu, servie par des dessins réalistes, précis et magnifiquement colorés est un vrai régal. 
D’une reine africaine à une collectionneuse d’art américaine, activiste, avocate, scientifique, mère de famille, certaines connues de tous, d’autres anonymes et oubliées, elles méritaient un bel éloge. 
C’est fait, et d’une bien belle manière. 
Un cadeau à faire à toutes les femmes pour les conforter dans leur choix de vie, à tous les hommes, pour leur dire : je trace ma route !

Maman a tort

Michel Bussi

Michel Bussi est une sorte de prestidigitateur qui met de l’illusion sur chaque pan de ses histoires, tout est brillant, précieux, précis. Vous pensez avoir exploré jusqu’au fond chaque élément mais il y a toujours un petit quelque chose qui vous a échappé. 
Pourquoi cet adorable petit bonhomme de trois ans raconte-t- il que sa maman n’est pas sa maman, que Gouti, son doudou lui raconte des histoires la nuit, qu’il habitait près d’un château d’ou il voyait des fusées et des bateaux de pirates? Il n’y a qu’un psychologue scolaire pour entrer dans le jeu… Le jeu, vous croyez ? Dragon, le psy prend Malone au sérieux mais la commandant de police qu’il contacte est plus intéressée par ses beaux yeux que par les histoires de Malone. 
Elle va pourtant finir par essayer de démêler cet écheveau. 
Et si l’imagination du petit garçon n’était tout simplement peuplée que de souvenirs d’une autre vie ? Son autre vie. 
Michel Bussi nous fait douter des évidences, et croire aux contes de fées avec ces histoires peuplées de personnages aux noms improbables. 
Si vous vous étiez passionnés pour les Nymphéas noirs de cet auteur, vous fondrez pour Malone et son doudou.

Vendange d'écumes

Clément Gabas

La jolie station balnéaire de La Baule est frappée et dévastée par un tsunami provoqué par un sous marin chinois, sillonnant furtivement nos côtes. La centrale nucléaire de Chinon se trouve en grand péril. La vie de chaque personnage est bousculée, renversée ou détruite. Ceux qui en réchapperont seront marqués à jamais par ces heures terribles. Il en restera « comme une écume légère accrochée au sable bien après la tempête » . 
Premier roman d’un auteur scientifique, témoignant d’un très joli talent de description des sentiments humains, ce court roman est bien plus qu’une histoire de catastrophe, dont l’issue est corrélée aux valeurs de chacun. Il se situe chez nous et aujourd’hui et nous touche par cet aspect palpable et si proche. 
A lire, surtout si vous allez à la plage cet été.

L'alliance

James A.Michener

Pour comprendre et connaitre l’histoire de l’Afrique du sud à travers le destin des premiers colons hollandais, des anglais, des tribus zoulous et Xhosas voilà une épopée qui commence à la nuit des temps et s’arrête pour ce premier tome en 1843.
Sans jugement, l’auteur retrace à travers la vie de différentes familles blanches et noires, ce passé violent qui a conduit à l’apartheid. Esclaves, fermiers, chefs de guerre, ou hommes d’église, tous ont contribué à construire ce pays.
Ce magnifique roman historique éclaire la situation d’aujourd’hui avec la lucidité que donnent la connaissance et l’impartialité d’un très grand écrivain. Tous ont souffert, tous ont perdu des proches, tous se sont accrochés à leur besoin d’enracinement et de prospérité.
Michener raconte toujours l’histoire d’un peuple ou d’un pays, des origines à l’époque contemporaine, d’une très belle écriture, riche et puissante, fondée sur des connaissances d’une précision rare. Magnifique histoire de ce pays si tourmenté.

Le suspendu de Conakry

Jean-Christophe Rufin

Aurel Timescu est consul de France à Conakry, sorte de Colombo roumain à l’accent à couper au couteau, habillé d’une gabardine sous la chaleur torride, il est pris pour un hurluberlu et remisé dans un placard au consulat. Oui, mais voilà! Ce diplomate atypique a l’esprit plus aiguisé qu’il n’y parait et se passionne pour les enquêtes criminelles. Justement, un français, navigateur solitaire est retrouvé un matin pendu au mat de son voilier. Voilà notre consul qui profite de l’absence de son supérieur pour aller creuser un peu et gratter le vernis du yacht dans la marina.
Jean Christophe Ruffin trace des portraits convaincants de ce microcosme africain dans le milieu diplomatique. Avec humour, originalité, finesse et tendresse, il rend hautement sympathique ce personnage loufoque qui va bientôt tomber raide amoureux de la soeur du défunt.
C’est un grand moment de plaisir et de détente que ce petit roman délicieux et son anti-héros, peinture acidulée de ce milieu moite et étouffant sur fond de diplomatie tropicale

Miroir de nos peines

Pierre Lemaitre

Belle réussite pour ce troisième volet de l’épopée romanesque de Pierre Lemaitre, décrivant l’entre deux guerres.
Quatre fils narratifs guident le lecteur sur les pas des personnages : Louise, la petite Louise du premier tome, à présent institutrice, qui ouvre ce dernier volet sur une scène tragique, Raoul, soldat indiscipliné, adepte de la survie et expert en système D, Femand, garde mobile amoureux, n’ayant d’autre idée en tête dans ce capharnaüm que retrouver sa femme et enfin Désiré, comédien de génie, escroc et usurpateur.
Ces fils se tissent et constituent la trame de cette courte période. On pressent dès le début que tous ces acteurs ont un point commun et tout le talent de Lemaitre consiste à nous faire avancer pas à pas dans cette chronique historique pour que ces destins se rejoignent enfin. Très beau moment de lecture, même s’il manque un tout petit peu de la magie
du premier tome et et de la délicatesse du deuxième, on savoure ces destins avec grand plaisir et l’écriture est tellement belle…